Lettre à Louisa

20200314 singing
Extrait de « Singing in the rain », à visionner avant la lecture de la lettre à Louisa

Ma chère Louisa,

Il m’est arrivé une aventure extraordinaire hier soir. Permets-moi de te la conter par le menu. Je t’imagine déjà gloussant toute seule sur ton canapé à la lecture des lignes qui vont suivre.

Imagine trois gentlemen dans mon salon pour un souper des plus banals. Tu connais mes relations, tu imagines sans mal leur côté policé, tout en retenue, tout autant que l’incommensurable ennui qu’ils dégagent. Nous conversions nonchalamment ; il était question d’un sujet bien ordinaire dont je suis bien incapable de me souvenir. Les propos étaient d’une telle platitude que je m’apprêtais à laisser échapper un bâillement discret afin de leur signifier leur congé.

Quand soudain, l’un des trois compères se lève dans un élan divin, lançant une affirmation aussi captivante que « je vous le dis, les roses sont roses ». Instantanément ses deux acolytes l’encadrent, et montant sur leurs grands chevaux, enchaînent avec passion : « si les roses sont roses mes roses vous indisposent ? » et encore « Osez des roses roses et je dépose la pause ! ».  Et les voilà partis dans une escalade de prose s’agitant ainsi que trois furies ; ça glose, ça glose ; les galants se chassent et se pourchassent, tout y passe, sautant sur les bergères, s’enroulant dans les tentures, piaillant tels des moineaux au printemps. Mes bibelots tremblent, mon manuscrit s’envole. Face à moi, trois mâles dans leur plus belle parade, trois paons virulents épanouissant leur plus somptueux plumage. Pour une belle, tu t’en doutes, ma délicate Louisa, effondrée par tant de puérilité, recroquevillée sur son sofa.

Les étalons, épuisés par cette débauche de virilité, finirent bientôt par s’effondrer dans un silence embarrassé. J’ai toussoté doucement pour passer l’instant d’embarras, taper mollement mes mains l’une contre l’autre. C’était, oui, ma bonne Louisa, comme une sorte d’applaudissement incontrôlé violemment réfréné. Tous les trois, comme un seul homme, se sont redressés, ont épousseté leurs costumes de laine tissée, ont lissé leur mèche gominée, et souri largement. Puis dans une virile accolade se sont félicités de leur franche amitié.

Ah, ma précieuse Louisa, que n’étais-tu là ! Encore une belle démonstration de notre stupidité si souvent soulignée ! Quand diable comprendrons nous les hommes ? Cette question me laisse perplexe et j’ai hâte de ce moment où nous pourrons en débattre toutes deux autour d’une bonne tasse de thé.

Ton amie sincère pour la vie,

Lola

Et la consigne était : Swinguons avec « Singing in the rain » – Après avoir regardé cette scène, décrivez là à quelqu’un qui ne l’a jamais vue… etvive la libre interprétation !

Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs

2 commentaires sur “Lettre à Louisa

  1. … Je vois une scène fin 19ème siècle.
    La posture face au printemps. Quand soudain tout parti en vrille.

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