Il est venu chuchoter au creux de mon oreille et il m’a dit :

Mon amie,
Réjouis-toi du chemin accompli et de la route qui se déroule encore devant toi.
Tu as tant appris, il te reste tant à apprendre.
Tu as gravi un sommet, la marche a été longue, pénible, douloureuse.
De là-haut aujourd’hui tu contemples la chaîne montagneuse. Belle à couper le souffle et toujours plus belle à la fin de chacune de tes ascensions.
Mon amie,
Prends cette pause, elle t’est offerte. Savoure l’étendue de ce que tu as appris.
Rassemble dans ta bourse aux fils d’or les richesses que tu as faites tiennes.
Dépose-la au creux de toi pour adoucir ta souffrance tout au long des étapes qui viendront.
Mon amie,
Repose-toi mais ne t’endors pas.
Il sera bientôt temps de reprendre le voyage et apprivoiser la prochaine traversée.
Mon amie,
Regarde ce que tu as conquis et sans peur fais face à ce qui t’obscurcis. Ne crains pas la nuit elle recèle le matin qui vient.
Il y eut un soir, il y aura un matin.
Tu as grelotté dans la nuit, tu as transpiré, tu as hurlé.
Qu’elle était longue cette nuit. Qu’il est beau ce matin radieux.
Mon amie,
Tu as essayé, tu as dit, tu as voulu, tu es revenue, tu as contourné, tu as attendu et puis tu t’es dit : « sois ».
Sois toi.
C’est ta seule façon d’être là. Ne te renie pas.
Mon amie,
Combien de fois as-tu voulu sauver le monde au détriment de toi ? Combien de fois as-tu échoué à sauver le monde au sacrifice de toi ? Autant de fois je crois.
Tu es le monde, sauve-toi et laisse faire le monde, libre de se sauver avec toi.
Protège-toi, ta souffrance est inutile, elle agit contre toi.
Mon amie,
Prends-moi dans tes bras.
Tu ne me brûles pas, tu ne m’étouffes pas, tu ne m’écrases pas.
Prends-moi dans tes bras et caresse-moi si cette caresse te réchauffe les mains.
Entoure-moi si cette embrassade remplit ton corps.
Embrasse-moi si ce baiser nourrit ton cœur.
Mets ton pas dans le mien si tu te sens libre de choisir une autre route.
Mon amie,
Regarde les sommets qui sont derrière toi.
Souviens-toi de la couleur des pierres, de la volute du sentier, du craquant de la poussière, de la délicatesse de la mousse, de l’exubérance des fleurs, de la plainte de l’animal blessé.
Souviens-toi de tes blessures, souviens-toi de tes tourments, souviens-toi des errements, souviens-toi des chutes, souviens-toi des privations, souviens-toi des abandons, souviens-toi des servitudes, souviens-toi des vertiges.
Souviens-toi.
De la Victoire.
Mon amie,
Debout.
Tu pars à nouveau ce matin ou demain.
Tu pars parce que rien ne te retiens, droit dans les yeux tu regardes le point. Droite dans le sol, viens.
Forte de ta puissance qui t’invite au départ.
Fragile de ta puissance qui souffle tes équilibres.
Mon amie,
Prends confiance.
Sur ta route tu trouveras l’eau, la terre, le manteau pour faire corps avec toi.
Vas les chercher, ils sont là, ils t’attendent.