Une vie

Salvadora – Adour, Landes.

Un avant. Un après. Une bascule. L’après devient l’avant. Le miroir est traversé.
Dessus-dessous. Dessous-dessus. De l’autre côté. A l’envers. En creux.
Après les turbulences des jours. Relâchement. Repos.
Mystère troublant de la création. Mystère redouté de la disparition.
Vie avant. Vie après. Entre-deux de lumière. Comme une espérance de sens.
Lumière qui imprime sa trace sur l’instant. Lumière curieuse de percer l’obscurité de l’avant-après.
Entre les deux, cette grande étendue lisse. Pas uniforme.
Tu te laisses flotter en surface. Elle aspire ton âme et tout à la fois la provoque.
T’invite à la somnolence indolente et te projette dans l’extrême vigilance.
Accueillante ou inquiétante, chaleureuse ou douloureuse.
Elle te malmène et te dorlote comme si elle-même était une vie.
En cassure, en nuance, elle frappe, elle caresse.
Et toujours te renvoie,
A ton reflet. A ton mystère.
Avant. Naitre du miracle du rien.
Après. Nourrir la richesse du tout.
Avant. L’amour qui te fit naitre.
Après. Ton amour inconditionnel en terreau merveilleux.

Dimanche soir. Fin de journée, fin de vacances.
Cette photo qui apparait sur ton écran. Il y a bien trente ans. Rien n’a changé. Ni la lumière. Ni les ombres. Ni les berges.
Comme tu aimais ces fins de journée au bord de l’Adour où le soleil venait embrasser avec tendresse ton fleuve avant de se glisser dans son lit.
Avec lui, tu retenais ton souffle et t’enfonçais jusqu’à disparaitre sous la surface lisse et scintillante.
Tu imaginais la caresse des hautes herbes ondulantes qui t’enveloppaient d’un voile protecteur, repoussant les tourments des nuits sans sommeil.
Tu aimais le défier, flirter avec ses eaux, t’abandonner à sa fraicheur après les grandes journées brulantes de l’été.
Avec lui tu laissais rebondir ta fantaisie en ricochet au rythme de ses flux fantasques. Tantôt alanguis et presque exsangues, cajoleurs et enchanteurs, au gré des marées de l’océan tout proche, tantôt bouillonnants et débordants, ivres des torrents de larmes déversés par un ciel sombre et bas.

Lundi matin. Tu as traversé le miroir. C’est comment de l’autre côté ?