
Haute comme trois pommes, la bouille toute ronde, des joues roses bien pleines, des boucles blondes presque blanches, de grands yeux noirs profonds toujours écarquillés et un éclat de rire en cascade qui l’accompagne, bien plantée sur ses petites jambes potelées de 5 ans, elle court partout. Elle ne perd pas une occasion de lâcher la main de sa mère pour filer explorer le moindre interstice où elle pourrait glisser un œil, un doigt, ou encore un orteil. Elle s’échappe en un instant, happée par les 1000 mystères de la rue et de ses portes entrouvertes vers une infinité de mondes. Son audace s’arrête dès qu’en se retournant elle comprend qu’elle a perdu le lien précieux du regard aimant et attentif de sa maman. Et elle se met à hurler avec plus de puissance que le camion de pompier. Nullement besoin de la grande échelle pour la sauver, son cri déchirant fait accourir la maman, mi-amusée, mi-exaspérée, qui généralement l’observe du coin de l’œil, fascinée par autant de témérité épuisée de toute cette énergie.

Une fois de plus, le feu follet a poussé une porte, attiré par une odeur étrange qui picote ses narines. Une odeur tenace et écœurante, qu’à son âge on ne sait pas définir, mais qui chatouille si fort qu’elle éternue et éternue encore sans pouvoir s’en empêcher. Elle est entrée et s’est retrouvée nez-à-nez avec un vieil homme, comme elle n’en n’a jamais vu. Plus vieux que son père plus vieux que son grand-père. Des yeux tout rond, éberlués, qui la fixent sans animosité mais sans tendresse ni amusement non plus. Elle n’est pas habituée. Elle est stoppée net dans son élan et dans ses éternuements. Elle s’apprête à rire mais le gloussement reste coincé dans sa gorge ; elle est, étrangement, totalement immobile comme statufiée. Arrêtée dans son bouillonnement comme l’homme qui la toise semble fossilisé. Arrêtée dans sa conquête du monde par cet homme, revenant d’un monde ancien, visiteur surpris en flagrant délit d’exploration de ce qui autrefois lui avait appartenu. Elle se sent immédiatement envahie de l’immense certitude d’avoir découvert un grand trésor, son trésor, désormais son secret. Alors pas de hurlement. Personne ne doit la trouver.
Proposition : Racontez une rencontre avec le personnage de la photo. Qui rencontre ce personnage, en quoi la rencontre est-elle sacrée ?
Atelier d’écriture du samedi matin : Au fil des mots et des couleurs