


Le fleuve s’étire. Surface immobile. Ni ne monte ni ne descend. Instant éphémère où la marée là-bas à l’embouchure reprend son souffle avant de repartir dans son mouvement perpétuel. Monter. Pauser. Descendre. Pauser. Monter. Pauser… Ainsi soit-il pour l’éternité.
L’oiseau s’envole. L’oiseau, son ombre, son reflet. Reflet parfait dans le fleuve au repos.
Pilotis travestis en bornes d’amarrage s’enfonçant vers l’infini du bleu du ciel.
Roseaux agités par la brise caressant la coque inversée des bateaux, chatouillant le plumage de l’oiseau.
Le poisson étonné de tant d’immobilité effleure la surface et s’enfuit. L’aigrette plonge son bec et l’attrape. La surface du fleuve frissonne.
Dans ma ville une flaque. Dans la flaque un immeuble. A la surface de l’immeuble une fenêtre.
A l’intérieur de la fenêtre l’enfant se dispute avec son frère.
Pas de hurlement à la surface de la flaque. Pas de vibration. La flaque ne parle pas, elle raconte. Elle raconte La frustration et la colère de l’enfant.
Le ballon passe par la fenêtre et vient transpercer la flaque. Elle souffre. Elle perd une part d’elle, éparpillée sur la place, absorbée par la terre écrasée sous les boules qui s’abattent lourdement.
Maudites soient les flaques enragent les pétanqueurs.
A l’horizon le soleil. Il descend lentement dans la mer. Il a chaud. Trop chaud. Il s’enflamme. Jaune. Jaune-orangé. Orange puis des flammèches bleuet. Rouge-orangé. Rouge submergé de traînées marines floutées par la brume qui monte.
Le soleil plonge, il a soif, il a chaud. Il va se rafraîchir.
Il se rafraîchit ou réchauffe l’océan qui à son tour s’enflamme.
Je le saurai en glissant mes orteils dans la vague qui s’étale sur le sable mouillé.
Le soleil accélère déjà sa course. Il a disparu au fond de l’océan. S’est noyé.
Il fait noir .
L’eau est noire glaçante comme la mort.
Mes orteils bleuissent. J’ai froid. J’ai peur.
Atelier d’écriture Kikka Auteure. Proposition : raconter un moment autour de l’eau.