
En 2025, je fais le vœu de retrouver la joie.
C’est parce que depuis si longtemps je m’acharne sur mon grand nettoyage que je peux enfin m’autoriser aujourd’hui à espérer le retour à la joie.
Bien planquée au milieu des décombres, cette petite graine était là, posée et patiente. Ce n’était pas son heure. Arriverait-elle un jour ? Toutes les hypothèses étaient permises de la putréfaction à la floraison resplendissante.
Couche après couche, j’ai œuvré pour débarrasser tous les gravats et la poussière amoncelée sur cet état de grâce qui, ce jour terrible, a explosé en mille fragments. La petite notre dame brûle. Un monde s’achève, un prochain est-il envisageable ?
4 745 jours plus tard, presque autant de renoncements et plus encore de petits pas douloureux, fragiles, emplis de doutes, de gestes fébriles tout autant qu’hésitants, l’espace a fini de se purger. L’air est purifié, les cendres ont baissé les armes ne bouchant plus aucun interstice de respiration. Elles veillent, prêtes à resurgir, mais perdent chaque jour du terrain.
Echec et mat, j’ai gagné. Pas pour toujours, il reste encore des parties à jouer. Mais j’ai gagné une grande bataille.
Le terrain est sain, la graine s’est transformée, elle a lutté elle aussi, mais je l’ai retrouvée parée à s’élancer et me montrer son nouveau visage.
Mon hiver a duré bien longtemps, mon potager est prêt. Les deux genoux enfoncés dans la terre grasse, je dépose aujourd’hui la graine en son cœur, pour qu’elle y termine son hibernation et germe au printemps.
Mon travail n’est pas fini. Les mauvaises herbes, tout autant que la poussière et les cendres, tapies sournoisement dans son voisinage attendent sans impatience l’opportunité qui ne manquera pas de se présenter de passer à l’offensive. Et sans frémir, elles étoufferaient la graine dans sa première timide tentative de pointer son nez… un sourire, un regard, une caresse, un battement accéléré de ce cœur tellement paresseux.
Ce sont ces offensives que j’imagine qui me tiennent en vigilance. Mon corps tout entier a développé une sensibilité aigüe à toute espèce d’intrusion. Pas un cheval de Troyes ne me trompera. Intuition. Plan orsec. Faille. Restauration. Adaptation. Rien ne s’opposera à la germination. Rien n’entravera la floraison.
Retour à la joie. Elle sera là au printemps. Comme les vents dispersent les pollens et les étamines les accueillent, le sourire de mes yeux viendra se déposer dans les tiens. Pollinisation croisée. Diffusion par contagion. De moi à toi, de toi à lui, de lui à lui, à elle, à vous, à nous. Retour au donneur initial. Renforcement des défenses immunitaires, injection virale augmentée, la résurrection d’une joie en voie de perdition.
Tout un été suivra pour la faire fructifier. Récolte abondante, nouvelles graines à éparpiller dans le vent, à éparpiller au-delà des mers et des montagnes infranchissables. Rencontres improbables des joies du monde. Forces tranquilles et inébranlables des déterminations pacifistes.
Que ma joie rayonne, qu’elle te donne des ailes pour oser tes convictions, faire pousser la graine du respect et celle de la confiance.
En 2025, année personnelle 1, je fais le vœu de faire émerger les joies du monde, de faire ouvrir la nouvelle voie du monde, de faire entendre l’harmonie, de la faire choisir malgré la puissance du bruit des canons.
Toi, toi et toi, si tu le souhaites, jardine avec moi, plante la promesse de ta joie, qu’elle hiberne jusqu’au printemps et puise en toi toute la force pour irradier la terre d’un pouvoir nouveau. Le pouvoir de refleurir les visages, de reverdir nos déserts, de rafraichir nos océans, de consoler les mères et les orphelins, de s’embrasser sans penser aux lendemains, de rire de tant de simplicité, de frissonner de tant de beauté.
On y va ?