
Une déjà longue vie derrière moi et encore de belles années devant. Certainement les plus belles.
Avoir vécu le monde, ne pas l’avoir toujours compris ; des années plus tard, être submergée par l’évidence. Et désormais pratiquer patience, transformation et pardon.
Reconnaitre le trait épais du jaloux, du vengeur, du mal-aimé. Encourager le timide, l’anxieux, le trop bien éduqué. Déverrouiller le complexé, l’absent, l’asphyxié. Contourner le pilleur, le menteur, le voleur.
Imprégner mes pupilles de la multiplicité des êtres et derrière mes paupières fermées, la nuit, dans le silence et l’abandon du sommeil, laisser les matières précieuses se renifler, s’ajuster, s’accoupler, se dissocier puis s’entremêler. Au matin, quand le jour viendra me caresser, découvrir la fine pellicule ourlée d’or, ouvrage du repos qui m’ouvrira aux secrets les mieux gardés, arsenic ou élixir de nos quotidiens.
Alors, je me mettrai à ma table de travail et j’écrirai. J’écrirai tout ce qu’on ne dit pas. J’écrirai et je dirai que ce qu’on ne dit pas doit être dit. Parce que ce qu’on ne dit pas est ce qui nous tue à feu couvant, de honte ou de malentendu.
Je dirai la colère et la difficulté de la vie, je dirai la naïveté et la simplicité, je dirai le désintérêt et la passion, l’addiction et le rejet, la jalousie et le pardon. Je dirai la duplicité, la culpabilité, l’arbitrage. Je dirai que je n’ai pas pu sauver l’un sans tuer l’autre. Je dirai ce choix malheureux qui n’en était pas un. Je dirai que je ne regrette rien car le regret ne change pas le passé.
Je dirai la lourdeur et le bonheur de vivre tout en même temps. Je dirai la contradiction et l’écartèlement, la joie de m’être sauvée alors que d’autres sont sacrifiés.
Je dirai ce que l’on craint de dire mais que l’on vit tous dans le secret de nos cœurs que l’on finit par croire mauvais alors qu’ils ne sont qu’humains. Je le dirai, non pas pour absoudre, je le dirai pour remercier ces ombres qui font ressortir nos lumières.
un texte comme je les aime. 🥰
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